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Avis d’experts 2 mars 2026

Changement climatique et prix des matières premières

Le changement climatique revient souvent dans l’actualité sous divers prismes, mais qu’en est-il de ses conséquences économiques ? Que de mauvaises récoltes génèrent des pénuries et des hausses de prix des matières premières, chacun peut l’observer aisément. Cependant, d’autres phénomènes climatiques moins directement sensibles au quotidien engendrent aussi des effets sur les cours boursiers. C’est ce qu’a pu montrer l’étude de Dufrénot, Ginn et Pourroy publiée en 2026 [1].

Les auteurs ont porté leur attention sur l’oscillation El Niño–Southern Oscillation (ENSO), qui constitue, à l’échelle du globe, un cycle climatique naturel caractérisé par l’alternance de phases chaudes (El Niño) et froides (La Niña) des eaux du Pacifique tropical.
En modifiant la circulation atmosphérique, ces variations modifient les conditions météorologiques et conduisent à des précipitations ou sécheresses qui bouleversent tant l’agriculture que la production d’énergie. Par exemple, la phase froide accentue les pluies en Colombie et réduit la qualité du café qui y est produit, tandis que la phase chaude est génératrice de vagues de sécheresse au Brésil et amoindrit les récoltes de soja. Les prix s’en trouvent poussés à la hausse.

Comment le climat déstabilise l’économie

Les simulations économiques effectuées ont mis en évidence les relations entre ces chocs climatiques et les prix des matières premières, tout en tenant compte des autres facteurs macroéconomiques tels que le niveau de richesse au plan mondial, ou les taux d’intérêts.
L’étude a conduit à deux résultats intéressants.
Tout d’abord, il a été observé que les variations de prix et leur volatilité ne sont pas symétriques selon que le phénomène ENSO est en phase chaude ou froide.
Ensuite, une accentuation de ce phénomène climatique à l’avenir est susceptible d’amener à des perturbations encore plus marquées des cours sur les marchés des matières premières. Autrement dit, l’instabilité des prix et leur imprévisibilité seraient amplifiées, avec des conséquences sur de nombreux secteurs industriels.
Enfin, il est important de signaler que tous les marchés ne présentent pas la même vulnérabilité.
Les marchés intégrés au plan international et très liquides résistent mieux (céréales, métaux), tandis que ceux qui se révèlent davantage financiarisés, fragmentés ou liés à des indices boursiers sont plus fragiles (pétrole, soja, or ou cuivre).

Il importe donc que les marchés boursiers anticipent ces effets déstabilisateurs à long terme afin de les atténuer.
Les décideurs publics et les acteurs de marché peuvent malgré tout agir pour réduire les conséquences négatives de ces menaces.
S’il est impossible de maîtriser ou contenir le phénomène climatique ENSO, il reste possible de structurer les marchés de façon à ce qu’ils absorbent mieux les chocs à venir. La réduction de l’instabilité des prix est en effet essentielle, afin de ne pas transformer le risque climatique en risque économique et financier.

Sophie Nivoix, Professeure en Sciences de Gestion, Université de Poitiers
sophie.nivoix@univ-poitiers.fr


[1Dufrénot G., Ginn W. et Pourroy M., 2026, Climate change impacts on commodity price stability through changing ENSO patterns », World Development, 197, 107165.


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