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International 6 septembre 2019

Chronique d’un G7 en Nouvelle-Aquitaine



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Contre toute attente, le Petit économiste a obtenu le précieux sésame, à savoir "l’accréditation presse" pour suivre le G7 fin août à Biarritz. La réunion de ce "Club des 7" dirigeants de pays [1], parmi les plus influents de la planète, pendant la présidence française, devait constituer un événement sans précédent en Nouvelle-Aquitaine.

Le G7 fait partie de ces sommets de chefs d’Etats dont on se demande un peu l’utilité. Habituellement accompagnés de violentes manifestations d’altermondialistes, G7 et G20 s’avèrent coûteux et au final n’ont que très rarement abouti à des avancées significatives en matière de relations internationales.
De plus, à Biarritz, station balnéaire très fréquentée, le dernier week-end d’août, le timing semblait pour le moins inapproprié !
Ces a priori posés, et en prenant un peu de recul, on ne peut que constater que ce sommet restera dans les mémoires comme ayant rempli au moins certains objectifs :

La terrasse de la Halle d’Iraty aménagée aux couleurs de la Nouvelle-Aquitaine

Il a été finement orchestré pour renforcer la position de la France sur la scène diplomatique mondiale. La rencontre avec Vladimir Poutine le lundi précédant le sommet - la Russie, 12e économie mondiale ayant été exclue du G8 en 2014 - l’invitation du ministre des affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif pour essayer de désamorcer la crise ouverte avec les Etats-Unis... Emmanuel Macron s’est montré fin négociateur avec au passage l’avantage, contrairement à ses prédécesseurs, de pouvoir dialoguer en direct en anglais avec ses interlocuteurs, sans passer par un traducteur. On peut critiquer le coût de telles rencontres, mais rien de tel qu’un échange de visu autour d’une table en petit comité pour avancer, même si le résultat n’est pas immédiat.
Même les réponses aux attaques médiocres du président brésilien Jair Bolsonaro ont été judicieusement calibrées.

Au final, ce sommet, qui était placé sous le signe de "la lutte contre les inégalités", aura abouti à une déclaration d’une page, plutôt synthétique par rapport aux précédentes éditions, mais rédigées par les protagonistes. L’attitude assez insaisissable de Donald Trump - toujours à portée de tweet - ne permet pas d’affirmer que les engagements pris seront tenus mais il semblerait que sur le terrain du commerce mondial un dispositif de taxation des GAFA soit en bonne voie. On ne peut pas en dire de même de la crise iranienne. Quant aux incendies en Forêt Amazonienne, ils ne sont toujours pas sous contrôle. La déforestation sévit, le "poumon de la planète" dépérit et même les grandes puissances du G7 ne peuvent intervenir ! Par contre, un soutien financier pour la reforestation a été voté... Moindre mesure !

Des engagements ont été annoncés officiellement :
- la création d’un fonds international pour venir en aide aux femmes victimes de traumatismes en temps de guerre,
- l’engagement de renforcer les droits des femmes dans le monde,
- l’engagement d’entreprises à financer des projets inclusifs,
- le soutien à l’entrepreneuriat féminin en Afrique,
- la signature d’une charte pour la biodiversité,
- l’engagement des professionnels de la mode à réduite leur impact environnemental : le Fashion Pact

Ce sont des premiers pas, à suivre concrètement.

Le Pays Basque et la Nouvelle-Aquitaine sous les feux de la rampe

S’il est un succès à 100% c’est bien celui du territoire hôte : le Pays Basque et plus largement la Nouvelle-Aquitaine. Bien entendu, Biarritz bénéficie déjà d’une réputation mondiale, mais cet afflux de médias internationaux, tous obligés de traverser le "Village de la Nouvelle-Aquitaine" pour faire déminer leur matériel ou accéder à la salle de presse de la Halle d’Iraty, était de bon augure.
Les services du Conseil régional avaient aménagé un parcours d’exposition des savoir-faire locaux entre chistera, bérets basques, espadrilles et piments d’Espelette qui a donné lieu à une inauguration remarquée du Président de la République le samedi matin.
Mieux, la Nouvelle-Aquitaine s’est affirmée comme un territoire engagé sur les questions du changement climatique avec la remise d’une "contribution des territoires sur les risques littoraux". La veille, une grande soirée avec l’association emblématique Surfrider Europe avait clôturé 4 jours de rencontres avec des experts internationaux autour des enjeux de l’Océan.

Le Président de la République, entouré du maire de Biarritz et du président de Région, lors de l’inauguration du "Village Nouvelle-Aquitaine", s’est vu offrir notamment des bérets basques
Le "village Nouvelle-Aquitaine", passage obligé des journalistes, avec ses bérets basques !
Un showroom agencé avec goût qui a accueilli de nombreuses entreprises invitées à présenter leurs produits lors de pitchs

Autre signe de l’hospitalité basque, la qualité du buffet proposé à la presse en Halle d’Iraty. Charcuterie, axoa de veau et fromage Ossau Iraty ont régalé les papilles des médias internationaux. Il faut dire que le prestataire choisi n’était autre que Pierre Oteiza, éleveur et artisan.

Le côté off

L’un des facteurs de succès, il faut le chercher aussi côté sécurité. On a pu assister à un déploiement sans précédent de gendarmes et autres policiers quasiment à tous les ronds points de la ville, quadrillant sans relâche les rues, à l’affût de la moindre anomalie ou véhicule suspect. La zone rouge où se tenait le sommet était quasi impénétrable, fermée aux habitants, travailleurs, promeneurs et même à une bonne partie des journalistes hors grands médias et pool images.
L’autre partie des journalistes était cantonnée en salle de presse Halle d’Iraty et sur le reste du territoire.
Quant aux altermondialistes, ils ont été tenus à bonne distance de Biarritz et le sommet s’est conclu sans heurts majeurs, un vrai succès pour les forces de l’ordre pourtant largement sollicitées en France ces derniers mois.

Par contre, le bémol, c’était clairement l’impact pour les habitants, les travailleurs et les commerçants. Pour ces derniers, le Président Emmanuel Macron a déclaré qu’il "fallait passer outre les désagréments, sinon on ne fait plus rien", avant, lors de sa conférence de presse du lundi, de promettre une indemnisation - qui avait déjà été évoquée par la Mairie de Biarritz. Cette colère des commerçants, nous avons pu la ressentir car les journalistes se sont vus offrir une carte de paiement pour 3 repas à 25€ chacun à Biarritz et dans les environs proches. Le patron du restaurant de Bidart où nous l’avons présentée le samedi soir a refusé de la prendre en compte, furieux du manque à gagner en pleine période estivale.

Une majorité de Biarrots avaient d’ailleurs choisi de quitter la ville. La gare, l’aéroport étaient fermés, les transports en commun étaient quasiment inexistants, Biarritz avait des allures de ville assiégée. Ceux que nous avons rencontrés et notamment Marie-Jo et Jean-Luc qui nous ont généreusement ouvert leurs portes, nous ont fait part d’un certain agacement. Peu ou mal informés sur les perturbations liées à ce sommet, beaucoup de retraités ont été quelque peu perdus dans leurs habitudes et déplacements.

Près de 2000 journalistes étaient accrédités pour ce G7

Un G7 sponsorisé et plus éco-responsable

Autre élément important : le budget de ce G7. Si le coût final n’a pas été dévoilé officiellement, une enveloppe de 36,4 millions d’euros avait été débloquée par le Parlement, soit ... 94% de moins que la précédente édition au Canada l’an passé ! Il faut dire que c’est une première, le G7 à la mode française était sponsorisé par des entreprises privées. Orange pour les réseaux et la sécurité des données en salle de presse, Suez pour la propreté, ou encore Engie. L’Elysée s’était d’ailleurs engagée à obtenir la certification ISO 20121 pour un G7 éco-responsable.
En effet, aucune bouteille plastique à l’horizon - les journalistes se sont vus offrir une gourde biodégradable créée par l’entreprise locale Lyspackaging - des déchets collectés et triés, des cendriers rigides sur la terrasse de la Nouvelle-Aquitaine... Resteront les émissions nocives des cortèges officiels et autres jets privés et hélicoptères... A améliorer si possible pour les prochaines éditions.

Les partenaires privés ont permis de réduire le coût du sommet

CR.

Biarritz, lieu de travail assez idyllique pour les journalistes internationaux ou locaux !

[1Le G7 est actuellement composé des dirigeants des Etats-Unis, du Japon, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, de l’Italie et du Canada


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