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Créer sa boîte 21 décembre 2018

Pierres Jacquet, histoire d’une transmission artisanale



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Depuis le 15 octobre 2018, la SARL Pierres créée en 1986 par Dominique Bréard a officiellement trouvé un repreneur en la personne de Frédéric Jacquet, 35 ans, originaire de la Charente et domicilié à Echiré.
La rencontre s’est faite par l’intermédiaire d’un conseiller de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des Deux-Sèvres. Ensuite, le tempérament des deux hommes a fait le reste : réussir à surmonter les différents obstacles administratifs, trouver le financement.
Jusqu’à la fin de l’année, les deux hommes travaillent de concert sur les chantiers.
Découverte de l’entreprise, ses outils, ses clients et les commandes à venir pour les prochains mois, le passage de relais se fait dans la confiance.
L’entreprise, qui reste implantée dans les mêmes locaux sur la zone Mendès-France à Niort, a vu son enseigne évoluer : de « Pierres » à « Pierres Jacquet ». La filiation est assumée et l’identité du nouveau chef d’entreprise parfaitement revendiquée.

Parcours croisés de deux passionnés

Créatif et curieux, Dominique Bréard a un parcours professionnel pour le moins atypique. Au début des années 70, à peine sorti du service militaire, il est engagé comme coiffeur dans un salon niortais. Très vite, il se sent à l’étroit dans cet univers. Au cours d’une formation à l’AFPA à Bordeaux, il s’initie au maniement d’autres ciseaux, ceux qui permettent de sculpter la pierre. S’en suivra une série de belles expériences sur des monuments historiques de la région dont la grosse horloge de la Rochelle. Il abandonne toutefois la taille de la pierre pendant 2 ans pour exercer la fonction de vérificateur-métreur chez un architecte.
En 1986, il se met à son compte et crée la SARL Pierres. Actif dans les organisations syndicales et associatives (Création de l’ARPPM – Association Régionale pour la Promotion de la Pierre et de ses Métiers), on le trouve notamment dans les rangs de la CAPEB, administrateur à la CMA 79, où il s’intéresse en particulier à la formation et la sensibilisation aux métiers du bâtiment.
Nombreux sont les jeunes ayant postulé à l’apprentissage dans son atelier. En 2010 l’entreprise comptait 3 salariés et 2 apprentis en formation, taille de pierre et plâtrerie.
A la fin des années 90, il s’implique dans différentes structures qui valorisent les métiers d’art : création d’un GIE et une boutique Métiers d’art à Niort « Empreintes » rue de la gare, puis au sein du Pôle Régional des Métiers d’Art (qu’il contribuera à créer et dont il sera administrateur) et enfin au niveau national au sein d’Atelier d’Art de France, dont il est aujourd’hui vice-président. Avec d’autres professionnels des métiers d’art, il crée en 2013 l’association « 36 Quai des Arts », dont il est président depuis l’origine. Niort compte nombre de ses créations (cheminées, escaliers, fontaines…) et de ses restaurations : l’immeuble de la Socram, façade de Sup TG, façade au dessus du magasin Promod...

Âgé aujourd’hui de 35 ans , Frédéric Jacquet présente un parcours également peu conventionnel. Il entre très tôt dans la vie active, avec un CAP-BEP électrotechnique qui le destine à un univers plutôt industriel.
Il abandonne cette voie qui ne lui convient pas, se cherche, et, par l’intermédiaire de la Mission Locale, entame un stage de taille de pierre. Ce stage, encadré par une association œuvrant pour la restauration de monuments historiques (Le Club Marpen à Tusson en Charente), est une révélation. En 15 jours, Frédéric Jacquet se découvre « amoureux de la pierre ». A 22 ans, il se lance dans une formation de 2 ans, dont il sortira 2e au niveau de l’académie de Poitiers.
Ce beau parcours débouche sur un premier poste d’envergure. Sous les ordres d’un architecte du patrimoine et pendant 3 ans, Frédéric Jacquet va travailler, seul ou en encadrant jusqu’à 15 personnes, à la restauration d’une forteresse royale dans le Tarn.
Les années suivantes le verront s’installer en Deux-Sèvres avec sa compagne, et travailler en tant qu’intérimaire dans diverses entreprises du bâtiment.

La transmission d’une entreprise artisanale, souvent une histoire de destins croisés

Pour Dominique Bréard, la question de la transmission de son entreprise se pose en 2015, quand il atteint 59 ans. Ayant commencé à travailler très jeune, il a déjà suffisamment cotisé pour pouvoir prendre sa retraite. Il envisage dans un premier temps une vente de l’entreprise à 2 de ses salariés. Avec pour chacun plus de 15 ans d’ancienneté dans l’entreprise, ils connaissent parfaitement l’outil et les clients. Dominique Bréard leur propose donc un rachat pour un montant correspondant à la moitié de l’estimation faite par la CMA. Fin 2017, ces derniers renoncent au projet de reprise.
Début 2018, Dominique Bréard poursuit seul l’activité de l’entreprise pour honorer les commandes en cours ou prévues. Faute de repreneur, il en vient à envisager la fin de son activité dans les prochains mois.

Avec le soutien de sa compagne, Frédéric Jacquet mûrit le projet de se mettre à son compte. Le choix est fait d’un statut de micro-entreprise, et en mai 2018 il suit un stage d’une semaine à la CMA 79. Au vu de son parcours et de son projet, l’un des formateurs, Thierry Dubois, lui propose d’envisager la reprise d’une activité existante, le statut de microentreprise lui paraissant peu adapté et met en relation les deux hommes. Il faudra quelque 6 mois aux deux hommes pour finaliser le projet : l’entreprise est cédée aux conditions proposées aux anciens salariés, le plan de financement est finalisé avec le Crédit Mutuel Océan. Signe de sa confiance dans le projet, la banque accorde un prêt d’honneur au futur chef d’entreprise.
Depuis le mois d’octobre 2018 et jusqu’à la fin de l’année, Dominique Bréard et Frédéric Jacquet travaillent ensemble.
Leur première réalisation à quatre mains est un escalier sur voûte sarrasine : une technique complexe que le créateur de l’atelier « Pierres » a enseignée avec enthousiasme à son successeur.

Actuellement, plus d’un tiers des chefs d’entreprise artisanale et commerciale des Deux-Sèvres ont 50 ans ou plus, ce qui laisse à supposer un vivier important d’entreprises à reprendre avec souvent un savoir-faire à transmettre.



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