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Entreprises 1er juin 2018

Sourires de l’île, rencontre avec deux jeunes patrons pêcheurs



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En les rencontrant à bord de leur navire, le Sourire de l’Ile, la première idée qui vient à l’esprit est qu’Allan et Jimmy, 26 et 29 ans, sont des hommes solides. Sereins, précis, ils dégagent une énergie tranquille et ce, tout particulièrement lorsqu’on les interroge sur leur métier : Marins-pêcheurs.

Marins… ils sont sur l’eau toute la semaine, la nuit y compris, pour des marées (sorties en mer) qui durent 12 heures minimum, à bord d’un chalutier polyvalent de moins de 12 mètres, le Sourire de l’Ile.
Pêcheurs… ils sont tombés dans le métier tout petits, par passion partagée avec Joël, leur père, Ludo et Jean-François, leurs oncles, mais aussi Sophie, leur mère qui tout en ayant le cœur serré lorsqu’il fait mauvais temps, ne s’est pas opposée à ce que « ses enfants » suivent la voie que ce beau métier, subtil mélange de liberté et de contraintes, a tracé dans l’histoire familiale.
Marins-pêcheurs … mais pas seulement, « Marins-pêcheurs à La Cotinière » et cela les définit tout autant que leur patronyme ou celui de leur navire car La Cotinière est un vivier d’énergie iodée, un concentré de passion faite homme où la contagion s’observe dès le plus jeune âge.

Ils se rappellent avoir couru sur les quais « hauts de même », avoir nagé dans le port en été au grand dam des adultes qui leur criaient que plonger de la digue est interdit, avoir pêché dans le port depuis le bateau de leur père, avoir grandi dans les discussions d’hommes et de femmes de la mer, alliant leur quotidien avec le rythme des marées, la saisonnalité des espèces et les aléas de la météo.
Pour Jimmy, le bateau c’était des balades en mer dès 5 ans, le nez collé aux carreaux de passerelle pour observer les zébrures d’un ciel d’orage et le déchaînement de la mer soudain tumultueuse... passant outre les ordres paternels lui sommant de rejoindre sa couchette …
Pour Allan, la pêche était une évidence. Aucun autre métier ne lui est venu en tête, il a naturellement fait son parcours de formation pendant 3 ans, testé d’autres navires puis embarqué sur le Sourire de l’Ile, juste à sa place.
Vivant en couple, tous deux pères de jeunes enfants, Allan et Jimmy font de leur quotidien en mer un espace de travail dans lequel ils se projettent au rythme des saisons. En hiver, leur métier est presque plus facile qu’en été « plus mental que physique » (Allan) pêchant diverses espèces : soles, encornet, seiche, rougets barbets… l’été est plus ardu, sur un métier qu’ils maîtrisent à la perfection, la pêche du céteau, délicieux poisson plat proche de la sole dont La Cotinière est le principal port de débarquement en France. Cette pêche est plus technique et plus harassante car les traits de chalut (durée du chalutage) sont courts, les marées également courtes (la nuit) pour rapporter à terre un poisson magnifique, qui semble sourire... Les temps de repos pendant cette saison de pêche sont rares et le métier particulièrement physique, mais les hommes du bord ne s’en plaignent pas. Ce qui pourrait les faire douter de l’avenir… ni la pénibilité, ni les aléas économiques (hausse du prix du carburant – 1er poste de charges de l’entreprise de pêche), ni l’absence de visibilité sur certains quotas de pêche… non, ce qui peut les faire douter c’est l’accidentologie. Le récent naufrage du Black Pearl et son lourd coût humain est évoqué.

Leur horizon est le plus large qui soit mais lorsqu’ils regardent la mer, ils n’en retiennent pas l’immensité. Ce que leurs yeux déjà expérimentés aperçoivent c’est la nature des fonds, sa topographie qu’ils connaissent précisément, ses zones particulières : sablo-vaseuses, grandes plaines ou enrochement, épaves ou autres repères. La mer est leur lieu de vie, leur espace de travail, mais aussi leur terrain de jeux.
Car pour Allan et Jimmy perpétuer le métier de leur père c’est aussi et avant tout se mesurer à leurs « collègues ». Les vrais, les amis, les proches, ceux du même âge qui reprennent aussi des bateaux familiaux de petite pêche ou sont matelots, et les autres, les « gros » la catégorie des chalutiers côtiers (16 à 20 mètres), voire même ceux des autres ports que l’on salue à la VHF et que l’on surveille du coin de l’œil, sur zone de travail. Cela, ils ne le disent pas, mais l’éclat lumineux de leurs yeux le dit pour eux.

La pêche c’est un métier d’émulation, de saine concurrence et de confrontation de savoir-faire. Le métier de pêcheur n’est jamais routinier. Chaque espèce donne lieu à une nécessaire mise au point du matériel, du mode de conservation à bord, pour aller toujours plus vers la qualité, la valorisation qui se traduit par le prix de vente en criée.
La technologie des pêches est une science vivante. Un chalut est un engin de pêche qu’il convient d’adapter, de faire évoluer, d’améliorer et l’esprit, tout autant que les mains, est sollicité dans ce métier qui oblige en permanence à se remettre en question.
En mer, les hommes semblent seuls face à eux-mêmes et aux éléments. En réalité ils travaillent par rapport aux autres navires, à la demande du marché, aux quotas de pêche, aux besoins de la famille, aux impératifs de la gestion de leur entreprise … paradoxale s’il en est, cette situation traduit la réalité d’une filière professionnelle qui est structurée, offrant un vrai cadre d’évolution aux entreprises et aux acteurs de ce secteur.
En mer pourtant, Allan et Jimmy assument seuls leurs décisions. Le choix de la zone de pêche, de l’engin de pêche, des espèces cibles, de la durée de la marée est de leur propre responsabilité. Ils connaissent et observent la réglementation liée à leur domaine d’activité : quotas de pêche (limitation du volume pêché par espèce), durée de la marée et éloignement d’un abri (catégorie de navigation du bateau), engins de pêche (certains étant soumis à licence), sécurité à bord (port de vêtements à Flottabilité Intégrée (VFI) et ce, depuis déjà plus de 10 ans.
Car si Joël leur père est à leurs côtés, à chaque retour du bateau au port, pour aider à la réparation du matériel, à l’entretien du navire et à la préparation de la marée suivante, il a souhaité que ses fils puissent voler de leurs propres ailes sans plus tarder et ils sont maîtres à bord où ils travaillent avec l’aide d’un matelot et ami, Maxime Jaulin, passionné tout autant qu’eux.

Allan et Jimmy aux côtés de leur père Joël et en compagnie de Maxime Jaulin

Gérants d’entreprise avant 30 ans, ils étonnent par leur mélange de joie de vivre et leur sens des responsabilités qu’ils exercent au quotidien, en mer, et à terre en faisant face à la gestion administrative de leur TPE comme pour n’importe quelle entreprise. Soucieux de l’avenir, ils investissent en temps de travail « c’est un métier où il ne faut pas compter les heures » et en effort d’équipement : installation frigorifique de la cale, nouveaux treuils, pour un montant de 20 k€ programmé en 2018.
Avec pudeur, ils répondent aux questions, avec douceur ils éludent les difficultés et ne s’appesantissent pas sur les contraintes (« les autres métiers en ont aussi »), avec talent Allan et Jimmy, jeunes patrons-pêcheurs cotinards, font la démonstration de leur attachement à ce très beau métier d’avenir.

A noter que 97% de la pêche gérée par l’Union européenne est aujourd’hui durable (Rapport de la Commission européenne en date du 20 février 2018).

Leslie Widmann (Odyssée Développement)

Le Sourire de l’Ile en quelques chiffres :
Année de construction : 1978 (bois et polyester)
Refonte complète en 2002 puis à nouveau en 2016/2017 (6 mois de travaux)
Longueur : 11,99 m
Largeur : 5 m
Valeur du navire : 500 k€
Equipage : 3 personnes
Principal métier : chalutage
Principales espèces : céteau, sole, seiche, encornet, rouget barbet.
Prix moyen de vente sous criée de La Cotinière (toutes espèces confondues) : 4,46 €/kg (réf 2017).

Cet article est à retrouver également dans notre magazine du printemps : clic ici



  • cloquemin jean-marc
    27 novembre, 02:39

    Bonjour,originaires de l’aube,depuis 15 ans nous venons en vacances 2 fois par an sur l’ile d’oleron où nous résidons à la cotiniere.
    Le matin,de bonne heure,la première chose que je fais après avoir été chercher le pain,c’est de regarder et d’écouter le port s’activer pour la journée.
    Maintenant je vois des jeunes marins-pecheurs sur leurs bateaux ,les mêmes qui plongeaint du quai en été il y a quelques années en arrière, et je suis content pour eux.
    J’ai un profond respect pour le métier de marin-pêcheur et lorsqu’ils annoncent une tempête sur la côte atlantique,nous avons,avec mon épouse, une pensée pour tout ces gars là.
    A bientôt à la coti
    Bon vents à tous

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